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27 de septiembre de 2011

“LE FUTUR EST QUEER”, DE CORAL HERRERA



Coral Herrera (Madrid, 1977), spécialiste en Théorie de Genre (entre autres choses, au vu de sa formation très éclectique), a récemment publié le livre ‘Más allá de las etiquetas’ (Au-delà des étiquettes) (Txalaparta, 2011), où elle nous invite à “rompre avec tous ces rôles imposés par la société, déconstruire les stéréotypes, prendre conscience de la richesse de nos différences, échanger les rôles, dépasser les limites, laisser libre cours au désir”. Elle a également publié l’essai ”La construcción sociocultural del Amor Romántico” (La construction socioculturelle de l’Amour Romantique), et elle écrit régulièrement pour les blogs Haikita et Especialista en amor.



Nous vivons dans un monde marqué par l’inégalité et les hiérarchies...





En Occident, le capitalisme, la démocratie et le patriarcat ont imposé une division du monde en groupes et sous-groupes avec plusieurs degrés de pouvoir et qui se différentient entre eux par des catégories abstraites comme le genre, la langue, la race, la classe socio-économique, la religion, etc. Nous, les humains, nous utilisons les étiquettes pour nous classifier, nous différencier des uns des autres et établir ainsi des positions de supériorité et d’infériorité en forme pyramidale. Dans mon livre, “Más allá de las etiquetas”, je défends l’idée que le futur ne consisterait pas à annuler les différences, mais à prendre conscience que ces étiquettes nous enrichissent, et les intégrer comme un élément d’union et d’égalité.

“Aller au-delà du genre peut nous sauver non seulement des hiérarchies, mais aussi d’un autre type de catégories qui nous séparent, plus qu’elles nous unissent”.

Je crois que le futur est queer, et je crois que sa proposition théorique et politique de transgenrer la réalité, dépasser le genre, peut nous sauver non seulement des hiérarchies de genre, mais aussi d’un autre type de catégories qui nous séparent, plus qu’elles nous unissent. Dans l’actualité postmoderne, de nombreux schémas se sont écroulés ; ceux qui autrefois nous paraissaient des structures solides mais qui de nos jours ne tiennent plus debout. Je ne sais pas si tous les stéréotypes et les rôles patriarcaux s’effondreront  un jour (tant au niveau sociopolitique que symbolique) une fois déconstruits théoriquement, mais je crois que le patriarcat est en train de se diluer lentement, au moins dans les structures sociopolitiques.

Petit à petit, pour vivre et les gens choisissent des chemins plus larges, pluraux et mobiles pour vivre et être en contact avec les autres. Les identités postmodernes sont de plus en plus changeantes ; malgré l’américanisation de la culture (terme utilisé par Romá Gubern pour parler de la globalisation), je crois que nous sommes en train de vivre des processus de résistance contre-culturelle qui permettent la fusion et l’hybridation de formats, de styles de musique, de courants artistiques, de théories et de genres. Je crois que, dans le futur, les différences seront plus liées au statut socio-économique et aux facteurs comme la personnalité, les goûts et passions, les habitudes et la profession.

Il est évident que nous parlons ici des pays développés et démocratiques. Et parmi eux, je me réfère plus particulièrement à la pluralité d’identités des habitants des capitales du monde, qui vivent dans des îles de postmodernité individualiste et consommatrices où l’anonymat et la liberté de mouvements est beaucoup plus grande que dans le monde rural, où prévalent encore les codes de la tradition patriarcale, plus misogyne.

Je crois que lorsque le code négatif ne fera plus référence à tout ce qui est féminin, alors les hommes pourront acquérir des qualités, des gestes, des manières et des formes de relation plus “féminines” sans peur de perdre leur identité personnelle, car celle-ci ne sera plus basée autant sur la virilité que sur d’autres facteurs. Les femmes, nous pourrons également nous situer face notre être, c’est-à-dire, changer notre orientation sexuelle ou performativité de genre et adopter d’autres rôles, d’autres attitudes vitales intermédiaires, en nous y déplaçant comme bon nous semble.
Nos relations s’en trouveront fortement libérées car nous cesserons d’être celle-ci ou celle-là, pour nous fusionner en une espèce d’arrobas symbolique qui inclurait toutes les identités dans leurs différentes étapes, toutes les sexualités normatives ou non, toutes les possibilités d’être, de se donner et de communiquer.

“Au lieu de chercher des nouvelles formes de classification, nous devons réussir à nous libérer des étiquettes et chercher dans l’indéfinition, toutes les possibilités qui s’offrent à nous lorsque nous sortons du monde bicolore pensé en deux dimensions”.

Jusqu’alors, faire son chemin consistera à faire tomber toutes les représentations patriarcales qui renforcent les catégories de genre et la division du monde en deux pôles opposés. Pour cela, nous ne devrons cesser d’analyser les mythes de notre culture patriarcale, et nous aurons besoin de déconstruire les stéréotypes, étriper la clé des rôles, remettre en cause les idées et les faits donnés pour acquis, et expliquer la forme par laquelle les conditionnements patriarcaux influent sur notre identité, notre sexualité et nos émotions.

En identifiant le mode opératoire de cette idéologie hégémonique, nous pourrons remettre en question ce qu’est la normalité et ce qu’est la déviance, qui est intéressé par les hiérarchies qui génèrent l’inégalité, et quels bénéfices obtiennent les hommes et les femmes avec l’élimination de cette catégorie homme-femme à caractère essentialiste et non universel, et non plus efficace pour expliquer la complexité humaine.
Au lieu de chercher des nouvelles formes de classification, nous devons réussir à nous défaire des étiquettes et chercher dans l’indéfinition, toutes les possibilités qui s’offrent à nous lorsque nous sortons du monde bicolore pensé en deux dimensions. Dans le domaine de la sexualité, c’est la même chose : il est temps d’aller au-delà de la génitalité, d’arrêter de vouer un culte au phallus, d’exiger des éjaculations complètes et des orgasmes comptabilisés …il est l’heure d’explorer le corps, d’élargir l’érotisme et l’étendre sur toute la peau.

“Assumer que tout ce qui est personnel est politique, revient à revendiquer l’expérimentation avec nos corps et nos identités ; c’est laisser entrer le pouvoir du désir, de l’imagination et du jeu, indispensables pour parvenir à une société plus juste, plus libre et plus égalitaire.”

Pour cela, nous devons cesser de penser à la manière dont les hommes et les femmes doivent se comporter au lit ; il est beaucoup plus drôle d’échanger les rôles, franchir les limites imposées, cesser de différencier l’amour et le sexe, ajouter de la tendresse à une aventure occasionnelle, oser exprimer nos émotions, même si le patriarcat nous dit depuis toujours que les hommes ne pleurent pas alors qu’elles ont la larme facile.

L’identité et le corps doivent pouvoir être explorés en dehors des chaînes du monde bidimensionnel qui contemple la réalité en noir et blanc.
Oser dépasser les catégories ontologiques qui nous définissent et nous donner le droit à un rôle concret dans la société suppose qu’on peut se réinventer autant que l’on veut, et élargir l’horizon mental pour pouvoir appréhender le monde sans préjugés et sans peurs, d’une manière beaucoup plus enrichissante et plus complexe que jusqu’à maintenant.

Nous ne savons pas si nous allons réussir ou si alors le patriarcat restera inscrit dans nos corps, manipulant nos émotions et nos désirs, en donnant des coups de queue encore quelques siècles ; mais nous devons déjà commencer à laisser le passé derrière nous et laisser la place à la nouveauté, grâce à nos envies révolutionnaires et notre joie de vivre.

Assumer que tout ce qui est personnel est politique, revient à revendiquer l’expérimentation avec nos corps et nos identités; c’est laisser entrer le pouvoir du désir, de l’imagination et du jeu, indispensables pour parvenir à une société plus juste, plus libre et plus égalitaire. Les étiquettes qui nous sont imposées d’en haut ne sont que l’expression de la peur de la société envers le chaos et tout ce qui est différent ; pour cela, face à la rigidité de la définition, nous proposons la flexibilité de tout ce qui est ambigu, l’aventure de l’incertitude, et le besoin de changement.

Le chemin est la quête : l’être humain est un être qui recherche l’aventure et la nouveauté, qui adore relever les défis, qui lutte pour améliorer ses conditions de vie, qui a besoin d’échapper à la prison du présent en multipliant les réalités plus riches et inclusives.

Laissons-nous donc entraîner par notre nature capricieuse et notre insatiable désir d’aventures et de défis pour essayer de nouvelles formes d’être, d’aimer, d’agir. En allant au-delà des étiquettes, en brisant les vérités données pour acquises, en explorant de nouveaux chemins, en nous libérant des étiquettes…



Autora: Coral Herrera Gómez



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